Gary et la Divine Light Mission

22 April 2019 0 By M

(Mini intervention de rue par S. Hassan)

– Dites-moi, depuis combien de temps faites-vous partie de la Divine Light Mission ? demandais-je, fixant les brochures que le jeune homme portait.

Nous attendons tous les deux l’autobus.

– Environ sept ans, répondit-il. Ses yeux cherchèrent lentement mon regard.

– C’est long, sept ans, dis-je. Quel âge aviez-vous en entrant dans la secte ? lançais-je d’un ton innocent, comme si j’étais un vieil ami.

– J’avais vingt ans.

– Je m’appelle Steven, repris-je en lui tendant la main. Excusez-moi de vous importuner. Quel est votre prénom ?

– Gary, fit-il, un peu étonné.

Il avait l’air de ne pas savoir quoi penser de moi. Je continuai :

– Gary, excusez-moi, que faisiez-vous à l’époque ?

– Pourquoi posez-vous cette question ? me demanda-t-il, très étonné.

– J’aime parler aux gens qui ont fait des choix hors des sentiers battus. J’essaie de savoir pourquoi ils ont fait cela, lui dis-je en guise d’explication, haussant un peu les épaules.

– Oh, d’accord. A cette époque je travaillais dans une entreprise de construction qui s’occupait d’immeubles, dit-il en s’échauffant.

– Et rien d’autres ? demandai-je.

– J’avais beaucoup d’amis et j’aimais les animaux. Je possédais deux chiens, un chat, un poisson tropical et un lapin, me confia Gary.

Un sourire éclaira son visage en parlant de ses amis et des ses animaux.

– Vous aimiez vraiment les animaux. Quel était votre préféré ? repris-je.

– Mon chien. Inferno était un être à part. Nous étions les meilleurs amis du monde, avoua Gary.

– Pourquoi était-il à part ? demandai-je.

– Il était d’une nature indépendante. Il aimait l’aventure. Il adorait m’accompagner dans les bois.

Il était évident qu’il regrettait énormément son chien.

– Ainsi, vous aimiez une nature indépendante. Admirez-vous ceux qui font ce qu’ils pensent être juste envers et contre tous ?

J’essaye de redonner de la force à Gary en lui rappelant les qualités qu’il admirait autrefois.”

– Oui … Inferno faisait ce qu’il avait envie. Et je l’aimais pour cela, reconnut Gary.

– Dites-moi Gary, qu’est ce qui vous a fait décider que la Divine Light Mission était le groupe où vous vouliez passer le reste de votre vie ? Demandai-je soudain.

– Je n’ai jamais envisagé la chose de ce point de vue, fit-il, se renfrognant soudain.

– Mais alors, qu’est ce qui vous a poussé à vous engager ? M’étonnai-je d’une petite voix.

– A l’époque, ma fiancée Carol a commencé à assister à des satsang, vous savez – des séances de groupe – et je l’accompagnais. Nous écoutions les gens qui tous, comme illuminés de l’intérieur, parlaient de leur expérience de la vérité et de leur bien-être, expliqua Gary.

– Qui s’est engagé le premier, vous ou Carol ? repris-je pour être sûr.

– C’est elle. D’abord, j’ai trouvé tout cela un peu bizarre. Mais après qu’elle eut commencé la méditation, j’ai eu envie de voir ce que c’était, et j’ai décidé de faire comme elle, dit-il, comme s’il avait été très sceptique.

– C’était quand ? demandai-je afin que tout soit clair.

– En 1973, répondit-il.

– A l’époque, que pensiez-vous de Guru Maharaj Ji ?

– Je croyais que c’était un jeune Indien un peu poseur qui nous aiderait à entrer dans l’âge de la paix mondiale, confia-t-il, avec une pointe d’ironie.

– Etiez-vous présent au grand meeting de l’Astrodome de Houston ? demandai-je.

– Oui

– Et qu’est devenue Carol ? questionnai-je.

– Je l’ignore. Nous nous somme séparés quelques mois après notre engagement, précisa Gary, et son visage s’assombrit de nouveau.

– Quand lui avez-vous parlé pour la dernière fois ?

– Il y a quatre ans, elle m’a écrit pour me dire qu’elle voulait finir ses études et ne pratiquerait plus la méditation, me dit-il.

– Et pourquoi ne voulait-elle plus faire partie du groupe ? demandai-je avec incrédulité.

– Je ne me souviens pas, avoua-t-il en fixant le pavé.

– Donc la personne qui vous a introduit dans le groupe est partie il y a quatre ans ? répétai-je.

– Euh, oui.

– Et vous n’avez jamais eu avec elle une discussion pour savoir pourquoi elle était partie après trois ans ? insistai-je encore.

– Pourquoi me regardez-vous ainsi ? fit Gary, en levant les yeux sur moi.

Je souris, puis regardai par terre et enfin le fixai droit dans les yeux.

– Ecoutez, je ne comprends pas , Gary. Si mon ex-fiancée quittait le groupe où elle m’avait elle-même introduit, je voudrais avoir une conversation avec elle et comprendre ses raisons. Il en fallait de bonnes pour agir ainsi ! Et elle vous portait suffisamment d’intérêt pour vous tenir au courant de sa décision par une lettre.

Je me tus pendant quelques minutes. Gary était silencieux. Puis je continuai :

– Je suppose que vous n’avez plus aucun moyen de la joindre.

– Probablement ses parents vivent-ils toujours au même endroit. Je pourrais chercher dans l’annuaire.

– C’est peut-être une bonne idée. Je vous souhaite bonne chance Gary. C’était vraiment agréable de m’entretenir avec vous. Merci, dis-je, alors que l’autobus arrivait.

Une fois monté, je me retournai. Il me fit un signe de la main.

In S. Hassan – Protégez-vous contre les sectes, Editions du Rocher, 1995.